L’HUMEUR YACISTE 38 : quelqu’un peut m’expliquer ?

Salut à toi mon rampant collègue. Comment vas-tu ?

A nouveau je reviens à toi en espérant que tes lumières m’éclaireront quelque peu. Je ne comprends pas. Vraiment pas. L’Internet se mue en une gigantesque poubelle , et comme si cela ne suffisait pas, même le monde du jeu vidéo s’y met ! Je t’épargnerai ici mes habituelles désillusions sur l’infâme rapprochement entre jeu vidéo et réalité, pour finalement poser une autre question. Mais avançons un constat d’abord. A-t-on besoin d’encore présenter Frédéric Molas, alias le Joueur du Grenier ? Sois rassuré avant tout, je ne reviendrai pas sur le fait de savoir s’il a ou pas « copié » le concept de l’Angry Video Game Nerd, car pour moi ceci n’a jamais été un débat ni intéressant ni même fondé, après tout l’idée de base n’était pas brevetée que je sache. Et puis le tout premier gugusse à avoir posté une vidéo de replay doit-il s’en prendre à tous les joueurs plus ou moins bons, plus ou moins talentueux, plus ou moins beaux parleurs, qui auraient eux aussi publié leurs parties, que ce soit dans la catégorie superplay bluffant, run instructif qui dépanne, let’s play à la mords-moi l’engin ou unboxing ringard ? Non non, et d’ailleurs mon questionnement ne repose même pas sur les vidéos du JDG en elles-mêmes, mais plutôt sur ce qu’il fait à côté. Et plus spécialement sur sa section « JDG, la revanche », subtil exercice dont la substance m’échappe quelque peu. Certes, revenir sur un jeu déjà traité dans l’un des « tests du Grenier » ne manque pas d’intérêt dans l’absolu ; le JDG avait-il dans l’idée de retourner un de ces jeux qui lui ont fait sortir de la fumée des esgourdes pour montrer que finalement, et ce en dépit de sa qualité fort piètre, la chose s’avère jouable malgré tout ? Et puis, voir un mauvais jeu se faire déboiter (au sens disséquer hein, pas au sens « unboxing » !), c’est finalement très amusant et procède d’un intérêt tout particulier, un peu comme lorsque l’on se perd sur Nanarland afin de trouver avec quel film on va animer la soirée binouze et ciné en compagnie des potes ce samedi soir !

Mais non, loin de là. En fait, et ce sera ma question : où est l’intérêt de regarder ces segments temporels…ou plus exactement voir monsieur Molas hurler vulgarité sur vulgarité ? En quoi y a-t-il le moindre effet comique à voir un individu revenir sur ce qu’il a déjà traité (et souvent avec humour d’ailleurs, pas toujours avec finesse mais qu’importe, nous sommes tous capables du meilleur comme du pire), mais uniquement pour proférer un nombre hallucinant de locutions à base de « putain de… » ou de « enculé de… », etc, etc ? Attention, je n’ai rien contre le registre de langue ordurier qui bien souvent d’ailleurs fait preuve d’une imagination qui fait défaut au registre soutenu !

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Rappelle-toi mon serpent dans l’excellent Terminator 2 : Judgement day, la scène où John apprend à construire des phrases plus ou moins « familières » au T-800, une scène dans la continuité de la drôlatique scène du « Fuck you asshole » du premier volet. Là, c’était drôle. Quand Brassens qualifie la « Putain de toi » de « misérable salope », c’est à la fois provocant et littéraire. Quand Eric Cartman hurle un tombereau de saloperies pour renvoyer Saddam Hussein en enfer dans South Park, c’est franchement excellent car tout à fait réfléchi ! Mais en quoi regarder un individu s’énerver bêtement devant un jeu (et dont il a déjà parlé au surplus) en hurlant un vague salmigondis d’injures et autres noms d’oiseaux pour seul commentaire est-il source d’un intérêt quelconque ? Pour ma part, je trouvais même plus de finesse chez Carlos quand le regretté interprète de Big Bisous sortait ses blagues crasses sur le plateau des Grosses Têtes…Ou quand le non moins regretté Gérard de Suresnes hurlait comme un putois aviné sur les ondes de Fun Radio. Même si je me rends compte de la cruauté qui était mienne à cette époque, alors aujourd’hui, je te remercie , Gérard.

Les vidéos « JDG la revanche » ne sont d’ailleurs qu’une expression de cette incompréhension qui ne me lâche plus ! Désormais, les starlettes du web qui se filment lors de leurs soirées pizza, nous gratifient de let’s play dont je ne te redirai pas à quel point ils me sont rébarbatifs…Le summum étant atteint par ce phénomène de charlatan qu’on a déjà baptisé ASMR, censé procurer chaleur et bien-être à ceux qui ont du temps à perdre devant ce type de vidéo ! Je sais mon serpent, ton naturel calme et posé me dira « mais tu sais mon gros Yace, personne ne t’oblige à regarder ce type de vidéos si tu n’y vois pas d’intérêt », et tu aurais bien raison ; cependant, comment savoir que la vidéo n’a précisément pas d’intérêt si tu ne la regardes pas ? Là est le piège : toutes ces vidéos « revanche » sont-elles aussi vides de substance qu’elles débordent de vulgarité sans réel message passé ? En fait, et j’ose le dire, le plus gros idiot c’est bien moi, à toujours tenter de laisser le bénéfice du doute et ne juger qu’après avoir pris connaissance de la chose ! Quoique, juger sans connaître, n’est-ce pas là précisément une définition de la bêtise ? Grosso merdo, j’ai donc le choix entre être con ou être con ! Avoue qu’il y a des raisons d’hésiter.

Même si voir un célèbre collectionneur et accessoirement aussi intéressant qu’un discours de Sophie Marceau sur le PIB du Mozambique s’enfiler un menu MacDo dans une vidéo dite « ASMR » ne laisse en définitive que peu de place au doute. Si tu te demandes la signification de cet acronyme, je me contenterai de dire que pour moi, ce serait « Authentique Sous-M**** Ridicule ». Et encore, je me prends quand même à espérer un petit happening qui rendrait la vidéo intéressante, comme voir le cabotin en question s’étouffer avec des frites conservées dans l’antigel ou un bout de semelle fourré à la sciure qu’on pense être la viande dans le Big Mac. Là ça vaudrait la peine de regarder !

Allez mon serpent, pour oublier ces douloureuses interrogations et ces fort désespérants constats, je vais aller m’écouter une anthologie de la chanson paillarde. Car je le dit au haut fort, ces oeuvres-ci sont d’authentiques morceaux de littérature et de versification, qui pour le coup trouvent donc un intérêt véritable ! Analyser l’abondance du flux menstruel de Sophie dans les Stances à Sophie est lexicalement infiniment plus intéressant et doté de substance que voir le JDG traiter Raphael de tous les noms dans une revanche sur Tortues Ninja NES. Alors, viens écouter avec moi, tu verras, la chanson paillarde, c’est éminemment culturel et fédérateur, ensuite on se tapera un bon nanar turc des années 70 et on finira par jouer à un jeu THQ sur NES !

Mais on se passera fort bien des vidéos JDG La Revanche. Oui, je préfère même jouer à DinoRex sur arcade.

Yace,
vieux grincheux pas si vieux.

PS : j’avais à l’époque commis cet article sur l’excellent site Ze Player de l’ami Jibé. Car tout peut s’user comme l’écrivait Maurice Carême.

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